Instants de trêve

Ces instants où le temps se fige, où l'action s'arrête, où l'esprit s'envole.

03 novembre 2009

Instant

Daphnée, 6 ans...

- Mais, alors, tu n'as pas d'amoureuse?

- Heu... non...

- Et tu n'es pas triste des fois?

- ... si...

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31 octobre 2009

Instant

Crissements métalliques. Une chaise est repoussée et devient vide. Une ombre blonde s’est évanouie dans la nuit. Déçue. Fâchée. Meurtrie. Incomprise. Une assiette pleine me regarde et me juge. Je me tais. Comment plaider ? Il n’y a plus personne pour m’écouter. Sombre patio. Une fois de plus, je n’ai semé que déchirures et déceptions.

Rap. Ma vie est hachée et avance par soubresauts. Déhanchée, ma démarche bancale zigzague de fille en fille. Ivresse du désir, ivresse de l’imaginaire et des fantasmes, ma vie voit trouble, avance, conquérante, puis recule, vaincue, giflée par l’amertume de son image dans le miroir du regard de toutes ces ombres blondes, brunes et sombres, mirages de terres vierges et inexplorées, sauvages et invaincues, attirantes, étrangères.

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Instant

Un masque figé sur un mur sans ride me raconte le silence de ma vie. Bouche fermée, une large fente traverse son front et semble me murmurer les histoires que je m’invente. Rêver sa vie pour mieux la croquer… La façonner sans la briser… mais toujours seul pour lui donner les formes désirées… désirées ? Pourquoi ne jamais laisser plus de place à la parole des autres, aux suggestions des amis, à la poésie de l’amour. Ce masque terne et figé, yeux fermés, ne semble vibrer que par l’esprit. Oreilles démesurées, il capte, concentre, absorbe. Mais que partage t’il ?

Peut-être devrais-je mieux le regarder ? Peut-être devrais le détacher et l’accrocher en face de moi, à la place de cette carte de mes conquêtes en RCA ? Peut-être devrais-je prendre un pinceau et, violement, lui ouvrir la bouche, lui dessiner un sourire, lui ouvrir les yeux ? Peut-être devrais-je apprendre à ne pas tant lui ressembler ?

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27 septembre 2009

Instant

Il y a des vies qui valent moins chères que d’autres.

 Il y a trois vies qui ne valent plus rien.

Elles se sont arrêtées, un matin, sur une route isolée. Parce qu’un homme a décidé de tirer. Parce que d’autres l’ont accompagné.

Comme dans un film, le pare-brise s’est étoilé. Comme dans un film, les balles ont crépité, les corps se sont affaissés. Comme dans un film, une femme a hurlé tandis qu’on l’emmenait dans la brousse, avec ses enfants, les blessés ont rampé pour sortir de la cabine ensanglantée, ils sont tombés. Comme dans un film, le camion a brûlé et ceux qui étaient des hommes, mais qui n’étaient plus que des morts, sont devenus des cadavres carbonisés et méconnaissables que personne ne reverra jamais.

Des familles les aimaient. Des femmes les désiraient. Des enfants les espéraient. Des amis les attendaient. Mais ils se sont arrêtés, loin, là-bas, dans cette forêt de violence. Ils apportaient une aide qui n’arrivera plus. Ou qui arrivera peut-être. Mais sans eux.

S’ils avaient été étrangers, on en aurait parlé. Mais ils étaient d’ici, alors, on s’est tu. On les a laissés. Presque abandonnés.

Ils étaient trois hommes.

Ils auraient pu être moi.

Ils étaient là.

Ils ne sont plus.

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11 septembre 2009

Instant

Une table, dans la nuit. Un couple mange du bout des lèvres, parle, s’écoute, se regarde. L’homme est penché, véhément, il ouvre son cœur. Il dévoile des coins de son âme jusqu’alors toujours gardés secrets, parfois même à lui-même.

Il raconte, il explique, il argumente, il démontre.

Il se trompe.

Sa douce compagne l’écoute en picorant. L’écoute du regard. Du bout des doigts. L’écoute de tout son corps. Elle ne l’entend pas. Elle se noie. Elle l’observe. Elle brûle. Elle se ferme.

Elle a dit « non ». Avec sa raison. Elle souffre de ne pas avoir laissé parler ses mains, son cœur.

Il chuchote. Il s’enflamme. Il expose. Il comble un silence qui lui semble bienveillant, qui lui semble devoir être le dernier, qu’il ne souhaite pas voir lui échapper, une fois de plus, une fois de trop.

La flamme vacille. Les feuilles s’agitent. L’orage arrive. Les minutes deviennent des secondes. Il s’inquiète. Il s’affole. Il s’anime.

Elle s’excuse.

Elle se penche.

Elle l’embrasse sur la joue.

Une larme peut-être a brillé.

Ou peut-être une goutte de pluie. 

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06 septembre 2009

Instant

Il y a cette échelle fragile et métallique, rachitique, qui monte vers plus loin, vers le gris du ciel, vers le vide d’en haut. Elle ne s’adosse ni ne soutient. Elle se dresse. Elle s’élance. Elle s’envole. Trop fragile pour le pied d’un homme, trop rouillée même pour la légèreté inconsciente d’un enfant, elle git debout, inutile et abandonnée, monument dérisoire à la conquête de l’espace, perchoir occasionnel pour les moineaux et la brume qui s’effiloche à ses escarres les matins d’automne. Brune aux écailles orangées, esseulée, ses barreaux faméliques ont perdu le souvenir de leur utilité.

Certains matins d’été, ils étaient en effet le théâtre des cavalcades des enfants de l’immeuble fuyant par la fenêtre leurs devoirs et le regard de leurs parents. Un soir de septembre, ils avaient encouragé le pas hésitant d’un amoureux timide cherchant la douceur des yeux, des bras, de sa dulcinée. Une nuit surtout, ils avaient sauvé la vie des habitants affolés par l’incendie. La blonde adolescente du troisième ne s’était pas réveillée. Mais les autres s’étaient éloignés.

Depuis cette aube enfumée de novembre, seule l’échelle se dresse sur un terrain redevenu vague. Un bouquet de roses fane parfois à ses pieds. La douleur et l’absence se sont transformées en fumeroles de poésie qui, tel un lierre trop aimant s’enroulent et s’agrippent, serpentent et empruntent à cet échassier immobile les tuteurs de ses vers nostalgiques. Squelette muet d’une vie qui aurait pu être, chacun de ses échelons écrit en silence les regrets d’un lendemain à réinventer au-delà de la douleur des souvenirs.

Certains matins d’hiver, mes pas m’écartent vers cette étrange compagne.

Et je le vois, lui, déposer quelques fleurs, quelques phrases, puis lever les yeux, et lui sourire.

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02 septembre 2009

Instant

A s’approcher de trop près de la lueur affolante d’une frêle bougie chancelante, un papillon aux couleurs d’or est tombé dans l’encrier. Les ailes sales et sombres, empoissées de noirceur, il se traîne péniblement sur la table, antennes pendantes, trompe affaissée, il hésite, il titube, il s’affale. L’éclat de sa parure s’est changé en tristesse. La légèreté de son vol n’est plus qu’un lointain souvenir pour cette ombre de lui-même qui ne frémit plus que par réflexe. Saltimbanque déchut, arlequin défroqué, il n’inspire plus que soupirs et regrets.

 

D’un coton habile et attentionné, une main pourrait le démaquiller. Saura-t-il lui faire confiance avant qu’elle ne s’éloigne ? La flamme déjà diminue. L’heure de la nuit approche. Demain, peut-être, ne sera-t-elle plus là...

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21 juillet 2009

Instant

L’esquive…

 

Pas de danse entre deux acteurs qui s’évitent et se cherchent, se retrouvent puis se quittent, se guettent, se scrutent, s’observent et se dérobent, se jaugent, se jugent, se mentent et se sourient, se confient puis le regrettent, s’aimantent, se repoussent, se cachent puis se croisent, se taisent, se touchent, se brûlent et le souhaitent, s’enflamment et s’en effraient, s’isolent, se perdent, s’embrassent mais le rejettent, en rêvent et y retournent…

 

Désordre de mots, musique de maux qui sont si doux et si blessant, bouleversant. Mélodie d’amour où les cœurs hésitent, où les corps apprennent, devinent, retiennent. Mémoire d’une main sur un poignet, d’un éclat de rire, d’une caresse sur une peau dénudée, offerte, complice.

 

Pas de deux, pas de danse, pas malheureux qui cherchent leur cadence. Je m’approche. Tu t’éloignes. Tu reviens. Je t’invite. Tu hésites. Rythme déhanché d’apprentis valseurs lourds de leurs sabots et de leur ignorance, rythme débridé d’assoiffés de tendresse croquant la vie avec allégresse.

 

Butineurs du bonheur, butineurs exigeants toujours à la recherche d’un nectar plus sucré, plus amer, plus violent, plus acide, plus vivant. Cœurs qui se serrent à l’espoir de le cueillir, cœurs qui se broient de ne pouvoir le saisir.

 

Pas de danse, jeu de dés. Les mots ricochent d’un bord à l’autre de nos personnalités. Ils se croisent, s’entrechoquent, se blessent et s’enrichissent, se découvrent, s’apprivoisent. Paroles maladroites, écrits déplacés, il y a tant à raccommoder !

 

Pas de danse, envolés, esquives…

 

Un sourire…

 

Un baiser…

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05 juillet 2009

Instant

Des gouttes de lave amères qui tombent lentement, une à une, en cadence, implacablement, et qui oublient de s’arrêter. Du fiel qui monte, écoeurant, qui monte, inlassablement, qui monte, et étouffe, et étrangle, et remplit le cœur, et la bouche, et l’esprit. Des yeux, clairs, mais lointains, incertains, des yeux que la brume du temps et du souvenir recouvre, et voile, et efface… lentement… tes yeux... qui me manquent ce soir, ce soir sans espoir, ce soir sans illusion ni étoile, ce soir sans histoire, noir, vide, silencieux, un puit intérieur à la place du cœur, un trou sans âme, qui résonne, infini, résonne, sans bruit. Rien à offrir. Juste m’enfuir… Empêtré dans ma solitude… ma solitude…Rien à offrir… Rien… Rien…

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29 mai 2009

Instant

Il y a des portes qui sont, simplement, fermées à clé.

 

Simplement.

 

Brutalement.

 

Définitivement.

 

Vous êtes d’un côté. Quelqu’un est de l’autre. Entre vous deux, un mur, du bois, une poignée qui tourne dans le vide et se bloque, et se bloque, et n’ouvre rien, et ne bouge pas, ne frémit pas, ne vibre pas. Immobile. Fragile mais plus forte que les mots les plus violents.

 

Elle résonne, cette porte, brutalement, inexorablement, elle résonne et hurle son « non » à travers le silence des pièces vides et figées, elle résonne mais reste muette. Vous restez dehors. Elle reste close. Sur cette chambre où vous n’entrerez pas, sur cette chambre où elle repose, sans vous, seule, nue, mais sans vous.

 

Alors vous lui tournez le dos à cette porte, alors vous repartez, le dos courbé et les pieds lourds, le cœur déchiré. Vous pensiez. Vous aviez cru. Vous aviez espéré. Mais tout ceci n’était qu’illusions, élucubrations, confusions. Elle dort dans sa chambre et rêve d’un autre.

 

Et vous poursuivez votre vie dans le caniveau de vos espoirs et de vos amours éclatés.

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